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Courrier d'Avignon : présentation

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Sommaire

Le contexte

Le Courrier d'Avignon occupe une place importante dans la presse internationale de langue française du XVIIIème siècle. Il jouit d'une réputation d'indépendance liée à sa publication dans une enclave pontificale du royaume de France. « Sans être totalement usurpée, cette réputation était largement exagérée » (R. Moulinas, 1992). En effet le journal échappe au système de contrôle de la presse en France (privilège avec autorisation préalable) mais subit le contrôle des autorités pontificales. De plus, une menace permanente pèse sur lui : la résiliation du contrat avantageux passé en 1740 avec la direction des postes françaises. Contrat qui permettait de vendre le Courrier d'Avignon à un prix moins élevé que celui des autres gazettes étrangères de langue française et lui assurait ainsi une large diffusion. Avant la « révolution postale » des années 50 (R. Moulinas, 1977 et G. Feyel , 1992) l'abonnement à une gazette de Hollande coûte en France une centaine de livres, après 1759 un peu plus de 30 £; l'abonnement au Courrier d'Avignon évolue, lui, entre 6 £ (1733) et 18£ (1748).

Les titres successifs du Courrier dit d'Avignon :

2 janv.-sept. 1733 : Le Courier historique, politique, galant et moral
 

Le Courrier historique, politique, galant et moral

 

 

2 oct. 1733-1770 : Le Courrier

 

Le Courrier

 

Le Courrier

 

 

1771- fin août 1775 : Le Courrier de Monaco

 

Le Courrier de Monaco

 

 

4 juillet 1775-1er avril 1788 : Le Courrier

 

Le Courrier

 

Le Courrier

 

 

4 avril 1788-1789, 28 fév. 1790-1793 : Courrier d'Avignon

 

 



1er janvier-27 février 1790 : Journal politique d'Avignon

 

Journal politique d'Avignon

 

Cette dénomination, conforme à la périodicité du titre, fut rapidement abandonnée car « on s'aperçut bien vite qu'on avait commis une erreur en abandonnant un nom auquel le public était habitué » (R. Moulinas, 1992).

 

Le Courrier d'Avignon

 

Historique du Courrier dit d'Avignon

Le Courrier d'Avignon paraît de 1733 à 1793 avec une interruption, entre février 1769 et août 1775, où il est publié à Monaco (annexion d'Avignon à la France de 1768 à 1774). Bihebdomadaire depuis 1733, il devient trihebdomadaire en juillet 1789 puis il paraît 6 fois par semaine en janvier 1790.

   Dès la fin de 1733 ce périodique s'avère une excellente affaire commerciale, c'est pourquoi il ne cessera pas d'attiser les convoitises jusqu'en 1793.    En décembre 1733, François Morénas, créateur et rédacteur du Courrier d'Avignon, est contraint à l'association par le libraire-imprimeur Charles Giroud. Celui-ci fait valoir ses droits de titulaire du privilège des réimpressions de gazettes étrangères à Avignon, il fabriquera et diffusera le Courrier. En 1739, Pierre Valfray, titulaire du privilège de réimpression de La Gazette à Lyon, tente de faire empêcher l'entrée du Courrier d'Avignon en France. C'est en réponse à cette attaque que Giroud conclut un traité avec la direction des postes de France. Il peut ainsi diffuser franco de port en Dauphiné, Provence et Languedoc à des conditions très avantageuses (traité renouvelé et étendu à tout le royaume en 1750).    En 1742, Morénas ayant quitté Avignon, Giroud profite de son absence pour faire rompre leur contrat d'association et s'emparer du titre dont il fait poursuivre la rédaction par des auteurs dont le nom ne nous est pas connu. En 1750 Giroud se réconcilie avec Morénas qu'il prend comme rédacteur salarié jusqu'à la suppression du Courrier d'Avignon lors de l'occupation française.

   De 1769 à 1775, le privilège de la Gazette de France s'appliquant en Avignon, Morénas reprend le périodique en main. Il le continue jusqu'à sa mort (1774), avec un imprimeur originaire de Marseille, sous la protection du Prince Honoré III de Monaco.

   En 1775 « si le titre est le même, il s'agit en fait d'un nouveau journal » (Moulinas, 1991). Après restitution d'Avignon au Saint- Siège, Joachim Leblanc, sujet du roi de France, obtient un bail du Saint-Siège pour publier le titre. A sa mort (1782) le bail passe à sa Veuve malgré « une véritable ruée de compétiteurs » (Moulinas, 1991).    En 1790, Sabin Tournal, rédacteur depuis 1784 (et également directeur des postes suppléant à Avignon), s'empare du titre par un habile tour de passe-passe politico financier. Il annonce dans le numéro du 2 décembre :

 

Extrait du Courrier d'Avignon

 

L'exaspération de la situation de guerre civile dans le Comtat Venaissin amène cependant un rapide retournement de situation : en mai 1791, la fille de la Veuve Leblanc obtient restitution du titre dont sa mère avait été spoliée. Directrice des postes d'Avignon, elle retient le n° 119 du Courrier d'Avignon de Tournal (17 mai). Elle publie et expédie un autre n° 119 daté du 24 mai, et poursuit le journal jusqu'au 18 août 1792. En juillet 1791, le contexte politique permet à Tournal de reprendre « son » Courrier d'Avignon qu'il poursuivra jusqu'au 10 novembre 1791 (n° 226). Après une interruption, due à son inculpation pour les massacres dits de la Glacière (16-17 oct. 1791), il reprend le journal de septembre 1792 à juillet 1793 (occupation d'Avignon par les Marseillais). De juillet à novembre 1791, deux Courrier d'Avignon se font donc concurrence. L'un est aux mains des extrémistes (Tournal), l'autre à celles des modérés (Leblanc). L'orientation politique fort différente, l'orthographe de leur titre : COURIER (Leblanc) ou COURRIER (Tournal) ainsi que la numérotation des livraisons permettent de distinguer les deux journaux (Tournal reprend au numéro 119 en juillet 1791).

Bibliographie

Cette brève notice doit tout aux travaux de René Moulinas :

 

 

 

Autres ouvrages à consulter

 

Prospectus séparés du périodique

Localisation des collections dans les bibliothèques françaises

BnF, Arsenal, Ste Geneviève, Sorbonne, B Institut Catholique Paris, Bibliothèque Historique de la Ville de Paris, BM Avignon, Carpentras, Le Havre, Le Puy, Montpellier, Narbonne, Versailles, BU Montpellier.

 
  • Pour une description complète des collections françaises et étrangères voir : Les Gazettes européennes de langue française : répertoire par Pierre Rétat. Suivi d'Une étude sur les fonds des gazettes anciennes à la Bibliothèque nationale de France par Jeanne-Marie Métivier, Laurent Portes, Pierre Rétat, Paris, Bibliothèque nationale de France, 2002, p. 23-24.

 

 

Pascale Ferrand