Accueil » Gazette de Leyde : présentation

Gazette de Leyde : présentation

» Consulter la gazette

Contexte

La presse prend son essor au 18e siècle : de nombreux journaux créés au siècle précédent prennent de l'ampleur et se diffusent de façon plus large, de nombreux autres naissent. Le français en est la langue dominante. La presse du 18e siècle d'expression française se caractérise par sa dimension européenne : pour contrer la Gazette de France, très contrôlée par le pouvoir royal, qui avait un privilège exclusif sur tout le royaume, de nombreuses entreprises éditoriales ont vu le jour, à Londres, Bruxelles, Rotterdam, La Haye, Leyde, Amsterdam, Utrecht, Clèves, Cologne, Trèves, Berne et Avignon (qui n'était pas française à l'époque)... Cet ensemble offre donc une masse considérable de textes en langue française, diffusés dans toute l'Europe, jusqu'à Moscou et l'Amérique, une ressource précieuse pour les chercheurs, tant historiens que littéraires : politique, histoire des idées, des sciences et des arts, naissance des formes et du discours journalistique... Toute l'histoire du monde y est inscrite presque au jour le jour ; un même événement peut être relaté à travers des nouvelles émanant de divers endroits, on y lit aussi bien le quotidien des grandes villes européennes (et au-delà, jusqu'à Constantinople et Saint Petersbourg), ou des bourgs de province, jusqu'aux colonies, avec la naissance des états d'Amérique, ou à l'Afrique et l'Asie.

La Gazette de Leyde

Aperçu de la Gazette de Leyde La Gazette de Leyde, parue essentiellement sous le titre Nouvelles extraordinaires de divers endroits (1679-1795/98), est l'une des plus intéressantes par sa longévité (1677-1811), sa continuité, son tirage (7000 exemplaires en 1785, sans compter les contrefaçons, d'après J. Popkin), sa qualité, et son indépendance par rapport à la France, ce qui la distingue de la Gazette d'Amsterdam. Elle connaît son apogée dans la deuxième moitié du siècle, au moment où la Gazette d'Amsterdam, sa concurrente directe dont elle se rapproche beaucoup, commence à décliner. C'est aussi la période dans laquelle elle peut pénétrer en France (La Gazette de Leyde y avait été interdite avant 1710, la Gazette de Rotterdam en 1719, seules celles d'Amsterdam et d'Utrecht (à partir de 1739) y étaient autorisées). D'après J. Popkin, (Dictionnaire des Journaux), le nombre d'abonnements envoyés en France était de 287 en juillet 1767, 2560 en juillet 1778 et 1490 en juillet 1783. Sa forme la plus courante est celle d'un cahier de 4 pages (de 11,6 par 19,4 cm à 12,3 par 18,8 cm pour les collections les plus courantes) dans lequel le texte s'organise en deux colonnes. Il est accompagné en général (à partir de 1739) par un supplément (de 4 pages à partir de 1753) dans lequel le texte se présente en pleine page. La première page du cahier porte les armes de la province (un Lion surmonté d'une couronne). Les cahiers sont réunis en volumes annuels de 104 à 105 numéros/an (840 p.). Elle paraît deux fois par semaine, les mardis et jeudis. Elle était imprimée sur du papier de qualité variable (en générale mauvaise en temps de guerre), en caractères serrés (et encore plus en temps de guerre ou d'afflux de nouvelles).

Elle a eu pour directeurs Jean Alexandre de LA FONT (1677-1685), Claude JORDAN (1685 ?-1688?), Anthony de LA FONT (1689-1738), Etienne l LUZAC (1738-1772 ; il collaborait à la gazette déjà depuis près de dix ans ou davantage (1723, d'après J. Popkin)) ; Jean II LUZAC, neveu du précédent (1772-1798). C'est avec la dynastie des Luzac qu'elle connaît sa plus grande audience. Cette famille, venue de France après la révocation de l'Edit de Nantes comptait aussi parmi ses membres des écrivains et des imprimeurs libraires ; les deux Luzac de la gazette en furent à la fois les directeurs, propriétaires du privilège et les rédacteurs.

La Gazette de Leyde, comme les autres gazettes, donnait essentiellement des informations politiques et commerciales, classées par origine des nouvelles et par date d'arrivée (les plus anciennes, venant des terres les plus lointaines, venant en premier). On y trouve cependant parfois des faits-divers, des éléments de discours éditorial (essentiellement – mais pas uniquement – sous la rubrique Leyde), des publicités (en fin d'ordinaire). Elle se distingue par des prises de position nettes contre l'absolutisme royal français : pour la tolérance religieuse, en faveur des jansénistes au moment de la querelle des sacrements, elle soutient les Parlements, l'indépendance américaine, le progrès... Elle est, d'après J. Popkin, « la seule gazette à lier ouvertement l'attentat de Damiens contre Louis XV en 1757 à la contestation du pouvoir royal ». Mais elle est peu favorable à la Révolution française, ce qui explique sans doute sa suppression en 1798, donc trois ans après l'invasion des Pays-Bas par la France et la révolution batave. Elle reparaît sous le nom de Journal politique pour durer jusqu'en 1811, mais sans jamais regagner son audience et sa qualité.

Voir

J. Popkin, notice « Gazette de Leyde », in Sgard (dir.), Dictionnaire des journaux (Universitas, 1991), et notice « Luzac, Jean » in Sgard (dir.), Dictionnaire des journalistes (Voltaire foundation 1999)
Theresa Goruppi-Manetti, notice « Luzac, Etienne », » in Sgard (dir.), Dictionnaire des journalistes
P. Rétat, La Gazette d'Amsterdam, miroir de l'Europe, Studies on Voltaire, 2001.

 

 

Anne Marie Mercier-Faivre